Un bon départ, des résultats prévisibles !

Le COPED a organisé ce jeudi 14 mars 2019 une rencontre avec les administrateurs de 9 communes du Burundi où va s’exécuter le projet « Appui à la résilience des jeunes face aux conflits sociopolitiques au Burundi », un projet qui est financé par l’UNFPA. Cette rencontre avait pour but de partager avec ces administratifs des communes bénéficiaires du projet les orientations sur la mise en œuvre de ce dernier mais aussi une façon de les inviter à se l’approprier. Elle a eu lieu dans la salle des réunions du COPED et a débuté à 9heures du matin avec la participation de tous les administrateurs des 9 communes concernées. Elle a été rehaussée de la présence du Directeur chargé du fonctionnement des structures du Programme d’éducation et de formation patriotique au Ministère de l’Intérieur et de la Formation Patriotique.



l’Abbé Emile Ndayizigiye, Directeur National du COPED, à gauche. A droite, representant du Ministère de l’Intérieur

Les échanges de la réunion ont été introduits par le mot d’accueil du Directeur National du COPED, l’Abbé Emile Ndayizigiye. Il a remercié les administrateurs présents à cette réunion pour leur participation effective. En effet, aucun n’avait délégué une autre personne pour le représenter, ce qui a beaucoup plu le Directeur National du COPED.

Après une brève présentation du COPED, le Directeur National a fait une ébauche de la présentation du projet en question, informant qu’il sera exécuté dans 9 communes (Kiremba – Ruhororo – Busoni – Ntega – Kirundo – Nyanza-Lac- Kibago – Mabanda et Rumonge) respectivement de 4 provinces (Kirundo, Ngozi, Makamba et Rumonge). Il a très bien souligné que ce projet concerne les jeunes de ces communes en vue de les aider à la résilience – et non à la résistance – face aux conflits sociopolitiques qui les touchent souvent directement ou indirectement. Il a alors appelé tous ces administrateurs à s’approprier le projet et à aider dans sa mise en œuvre pour enfin construire un Burundi sans murs, un Burundi réconcilié et paisible.

Un projet qui aidera à rompre le cycle de violence

Après une pause-café qui a été offerte aux participants, Madame Espérance Iradukunda, Chef du projet, a fait une présentation holistique du projet pour sa compréhension commune. Elle a souligné que le projet vise à contribuer à rompre le cycle de violence que vit le Burundi depuis son accession à l’indépendance en 1962 à nos jours. Il va en outre travailler sur une perception constructive du passé chez les jeunes filles et garçons, contribuer à réduire les cas de frustration et de mécontentement, briser le cycle de transfert des douleurs aux nouvelles générations et promouvoir la réconciliation et la résilience des jeunes face à de potentielles incitations à la haine.

Madame le chef de projet a fait savoir que ce projet rentre bien dans les documents stratégiques du pays, surtout au sixième pilier de la vision 2025 en ce qui est de la « cohésion sociale et valeurs culturelles fondamentales » ; l’effet 4.1 de l’UNDAF qui stipule que « d’ici 2023, les femmes et les hommes de tout âge et particulièrement les groupes vulnérables accèdent équitablement aux services d’institutions et aux mécanismes communautaires qui garantissent la redevabilité, la paix, l’égalité du genre, la juste et le respect des droits de l’homme de manière efficace, indépendante et transparente ; et le 16è objectif du Développement Durable qui prône la « promotion de la paix et l’inclusion de la société et le soutien du développement ».

Deux résultats transformatifs

Participants à la réunion

Le chef du projet a aussi présenté les objectifs de ce projet : deux résultats dits transformatifs. Le premier résultat attendu est que les jeunes filles et garçons sont résilients et contribuent à la réconciliation et à la prévention des violences à travers une meilleure perception du passé ; le deuxième résultat étant que les institutions nationales contribuent à une présentation constructive du passé aux jeunes filles et garçons. Elle n’a pas oublié de présenter les produits pour chaque résultat mais aussi la théorie du changement de ce projet, avant de clôturer son exposé sur les cibles et les critères de sélection des bénéficiaires. Trois catégories de cibles seront touchées par ce projet dont la cible primaire comprenant 60 jeunes garçons et filles agents de changement par commune, d’un âge compris entre 18 et 35 ans, 50% garçons 50% filles vivant dans cette commune d’action, résidents/rapatriés/déplacés, jeunes leaders politiques, les vulnérables, les jeunes vivant avec un handicap et les Batwa ; le cible secondaire comprenant les réseaux et associations/organisations des jeunes ayant une assise communautaire ; et le cible tertiaire comprenant les leaders d’opinion.

Un projet pour l’apaisement des cœurs des jeunes


Le Directeur chargé du fonctionnement des structures du Programme d’éducation et de formation patriotique au Ministère de l’Intérieur et de la Formation Patriotique

Après cette riche présentation de Madame le chef du projet, le représentant du Ministère de l’Intérieur et de la formation patriotique, en même temps membre du comité de pilotage de ce projet, est intervenu, soulignant que la philosophie de ce projet est de dire « Halte à la victimisation de jeunes par les conflits » ! « Si plus de 60% de la population Burundaise sont des jeunes, il est donc indispensable d’investir dans ces jeunes pour le changement et le développement national », a-t-il insisté. Il a tenu à remercier le COPED pour le pas déjà franchi dans ce projet par rapport aux autres organisations.

Le Directeur National du COPED a complété le Directeur chargé du fonctionnement des structures du Programme d’éducation et de formation patriotique au Ministère de l’Intérieur et de la Formation Patriotique, en informant les Administrateurs qu’il a déjà rencontré les Gouverneurs des 4 provinces de la zone d’action pour leur expliquer le projet. La question qui a été récurrente chez ces Gouverneurs est : « Le projet va-t-il appuyer les communes dans des activités économiques ? » Le Directeur National du COPED a été on ne peut plus claire aux Administrateurs présents à cette rencontre : le projet ne concerne que l’apaisement et le pansement des cœurs des jeunes à travers les formations, les activités sportives et culturelles. L’Abbé Directeur National du COPED a profité de cette occasion en demandant aux Administrateurs que ce projet aura besoin d’un point focal communal, un représentant de l’administration pour accompagner les activités du projet. Il a alors demandé que les Conseiller Technique chargés des Affaires Sociales (CTAS) aident dans ce projet.

Les souhaits des participants

Les participants à la réunion ont émis multiples souhaits pour que le projet atteigne les résultats escomptés. Le premier intervenant, l’Administrateur de Rumonge, a souhaité que ce projet inclue aussi les leaders des formations politiques pour briser les voies des mauvais enseignements parallèles détruisant les enseignements qui construisent. Il a aussi demandé au Ministère de l’Intérieur d’inclure dans l’enseignement des cours sur le passé du pays.

Le deuxième intervenant, l’Administrateur de la Commune Ruhororo de la Province Ngozi, a émis ses inquiétudes sur l’aboutissement du projet tant que les jeunes bénéficiaires, les uns seront issus de la population et les autres des camps de déplacés, faisant savoir qu’après les formations, les jeunes rentreront dans leurs milieux de provenances, et cette séparation  ne permet pas de vivre ensemble les enseignements reçus ; elle aurait souhaité que le gouvernement crée des villages où toute le population vivra ensemble pour ainsi faciliter la cohésion sociale.


Madame l’Administrateur de Busoni et Monsieur l’Administrateur de Ntega

L’Administrateur de Busoni quant à elle a d’abord remercié le COPED pour les activités déjà faites dans sa commune. Elle a témoigné que COPED a apporté un changement significatif chez les jeunes de sa commune, affirmant que ceux qui jadis faisaient le ligalas n’en font plus et qu’ils contribuent beaucoup dans la cohésion de la population de cette commune. Elle a ajouté que les jeunes bénéficiaires des formations de COPED sont actuellement organisés dans des associations de développement. Elle a demandé que COPED ne s’en arrête pas là car sa commune connait encore beaucoup de réfugiés qui sont à l’extérieur du pays. Elle a aussi souhaité qu’il y ait un point focal provincial pour coordonner les trois communes de Kirundo où ce projet va s’exécuter.

Quant à l’administrateur de Ntega, il a demandé que dans les formations, il y ait d’abord des personnes âgées qui ont vécu le passé douloureux de cette commune pour témoigner de ce qu’elles ont vécus, et à partir de ces témoignages, sensibiliser les jeunes sur la cohésion et la réconciliation. Il a aussi demandé que de tels enseignements soient donnés aux jeunes des camps des réfugiés de l’extérieur du Burundi afin qu’ils reviennent avec un bagage suffisant pour vivre avec la population hôte.

L’Administrateur de Nyanza-Lac a épaulé celui de Ntega en disant que pour soigner les cœurs des jeunes, il faudrait d’abord savoir les causes profondes des crises burundaises. Il a demandé au représentant du Ministère de l’Intérieur d’inclure ces enseignements dans les livrets distribués pour aider dans les camps d’été. Il a aussi souhaité que le projet donne du matériel comme les houes, les brouettes, …pour les travaux manuels de propreté des routes, ce que l’administrateur de Mabanda a renforcé. Cette dernière a surtout demandé que l’accent particulier soit mis sur les groupes des jeunes rapatriés sans références de leurs origines. Elle a demandé que des formations en entrepreneuriat leurs soient dispensées afin de les aider à sortir de la pauvreté car n’ayant pas de terre pour cultiver. L’autre catégorie de réfugiés serait celle des rapatriés qui regagnent le bercail mais refusent de retourner chez eux.

Partage du déjeûner après la réunion

Après toutes ces interventions, Madame le chef du projet et le représentant du Ministère de l’Intérieur ont d’apporté des réponses aux multiples interrogations. La réunion a été clôturée à 13heures 45 minutes dans une ambiance d’entente et de convivialité. Le Directeur National du COPED a vivement remercié les participants à cette réunion, promettant que des réunions de coordination de ce genre seront organisées tout au long du projet pour arriver ensemble aux résultats voulus.

Rappelons que le COPED avait déjà exécuté des projets de ce genre depuis fin 2017 dans les provinces Kirundo, Muyinga, Ruyigi, Mwaro, Makamba, Bujumbura et en Mairie de Bujumbura. Les résultats ont été toujours très satisfaisants et appréciés par les bénéficiaires du projet, les administratifs et les partenaires financiers.

Diomède Mujojoma